Mgr Hans-Joseph BECKER
ARTICLE DE L'OBSERVATORE ROMANO (19 février 08)

Monsiegneur Hans-Joseph Becker a publié toute une page sur Franz Stock dans ce journal officiel du Vatican.
Mgr Becker démontre comment l'acceptation de suivre les volontés du Christ a présidé au destin de l'abbé Stock.

La réponse favorable au "suis-moi" du Christ a fait de Franz Stock un instrument extraordinaire de la réconciliation et de la paix.

Appelés au service de la réconciliation

Réflexion à l'occasion du 60éme anniversaire de la mort de
l'Abbé Franz Stock

Par S.Exc. Mgr Hans-Joseph BECKER.
Archevêque de Paderborn
Allemagne.

« Rien ne peut faire d'un homme un disciple du Christ autant que la sollicitude pour son prochain ! ». Cette phrase est du Père de l'Église Jean Chrysostome, qui vécut au IV è siècle.

Certes, il ne pense pas seulement aux grandes figures bibliques de la sequela Christi dans l'Évangile, à commencer par les pêcheurs sur le lac de Génésareth jusqu 'à Paul, l'Apôtre des Nations, mais aussi à certains contemporains qui, au nom de ieu, se sont résolument consacrés à leur prochain et ont assumé le devoir de satisfaire ses exigences et ses nécessités.

En effet, des hommes de toutes les époques se sont consacrés à la sequéla du Seigneur et ont rendu témoignage de la miséricorde de Dieu au fil des chemins tortueux de leur vie. Parce qu'ils se savaient interpellés par celui qui est venu pour appeler les pécheurs (cf. MC 2, 17), ils ont réalisé le ministère apostolique en engageant largement leur talent, souvent au prix de leur vie.

Lui aussi au service du Seigneur Jésus Christ, le prêtre Franz Stock, né en 1904 à Neheim/Ruhr dans le diocèse de Paderborn (Allemagne) savait qu'il devait aller au devant de l'homme. Sa vie démontre de manière émouvante que le signe fondamental de la vocation des apôtres évident chez celui qui se laisse appeler à la suite du seigneur.

Chez « l'Abbé »Franz Stock, comme on l'appèle en France, on trouve trois aspects de la sequela,qui restent valables au delà de l'espace temporel de sa mission.

1.La vocation se manifeste dans la vie d'un homme et elle est liée à son origine.

Franz Stock ayant entendu le « suis-moi » de Jésus alors qu'il était encore très jeune, décida, à peine obtenu son baccalauréat, de devenir prêtre et d'étudier la théologie. Il fut ordonné en mars 1932 dans la cathédrale de Paderborn. Son attachement à ses origines familiales, la formation qu'il avait acquise à la paroisse et son enracinement dans des unions de jeunes catholiques comme la « Bund Neudeutschland » et le mouvement « Quickborn » lui permirent encore tout jeune d'essayer de discerner la volonté de Dieu pour sa vie et de suivre sa vocation particulière dans l'Église. Le fait que Franz Stock ait passé son enfance et sa jeunesse à l'époque de la Première Guerre mondiale et dans les années de troubles politiques et économiques de la République de Weimar, démontre encore plus clairement que ses origines lui offrirent un solide fondement de foi et de valeurs.

C'est ainsi qu'avec grande détermination et une grande fermeté , il put parcourir son chemin et contribuer comme prêtre à l'expansion du Royaume de Dieu dans le diocèse de Paderborn, ainsi qu'en France.

2. La vocation libère des limites de notre propre vie et ouvre des espaces de grandes réciprocité dans le Royaume de Dieu.

Déjà lors de ces études théologiques, Franz Stock suivit une voie qui se révélera providentielle pour toute sa vie : pendant la Pâque de 1928, il décida de fréquenter pendant trois semestres, un cours à l'Institut Catholique de Paris. Le fait que Franz Stock ait été nommé curé de la Paroisse de langue allemande de Paris en 1934 et à partir de là, à travers son service pastoral, mais aussi les offres culturelles et les possibilités de rencontres entre Allemands Français et citoyens d'autres pays, entre catholiques et non-catholiques, il est ouvert un large domaine de communication entre les cercles culturels , montre l'orientation de son oeuvre sacerdotale . En 1939, lorsque la guerre éclate, il est contraint malgré lui de quitter le France.

3. La vocation gagne en crédibilité et en fécondité dans le service aux personnes en difficultés et qui ont besoin d'aide.

En août 1940, Franz Stock revint en France et devint pasteur des Allemands à Paris et curé local pour la pastorale dans les instituts de détention des forces armées allemandes. D'innombrables témoignages de survivants , rapportés librement et filmés, attestent du service d'abnégation offert par Franz Stock aux personnes condamnées injustement et à leurs familles. Son humanité et sa sollicitude pour les autres , sans égard pour ses propres besoins et ses propres forces et souvent au mépris du danger, étaient appréciée par tous, si bien que les Français le surnommèrent « l'Aumônier de l'enfer » ou « l'Archange de l'enfer » . De l'extérieur, on ne pourra jamais comprendre tout à fait ce que fit Franz stock de 1940 à 1944 pour contribuer à porter le croix de ceux qui allèrent littéralement au devant du royaume de la mort.

A la fin du conflit, Franz Stock resta à Paris et se constitua volontairement prisonnier de guerre pour intervenir là où était nécessaire une aide sous de nombreuses formes, par exemple dans les hôpitaux militaires, où étaient soignés dans de très mauvaises conditions les prisonniers de guerre allemands gravement blessés et non transportables.

En fin de compte, Franz Stock put continuer son service béni en France sur mandat des autorités françaises comme régent de ce que l'on a appelé le « séminaire sacerdotal derrière les barbelés » dans un détachement du camp de prisonniers « Dépôt 501 » près de Chartres. Là, pendant deux ans, de 1945 à 1947, dans des conditions aujourd'hui inimaginables, Franz Stock réunit près de 1000 professeurs, prêtres, frères, séminaristes allemands et autrichiens et ils les inspira, dans une perspective à la fois morale et pratique, à assumer la responsabilité de la reconstruction intérieure de l'Europe.

Les anciens détenus que Franz stock avaient suivis du point de vue pastoral, de 1940 à 1944, étaient devenus de Hauts représentants de l'état dans le séminaire et ils promouvaient son développement.

Le Nonce en France de l'époque, S.Exc. Mgr Giuseppé Roncalli, qui devint le Pape Jean XXIII, visita le camp quatre fois et passa beaucoup de temps à parler avec les responsables et les séminaristes. Après que Mgr Harscouet, Évêque de Chartres , eut pris la responsabilité du séminaire et que, grâce aux visites des évêques français et allemands , on tenta de surmonter la grande réserve de l'opinion publique française vis à vis de l'oeuvre du séminaire, considérée comme un traitement de faveur réservé à des prisonniers de guerre, le concept de réconciliation fit son chemin dans la conscience des personnes qui à divers niveaux étaient en contact avec le séminaire. Il est évident que Franz Stock, même dans son ministère de régent de ce séminaire sacerdotal, jusqu'à ce jour unique dans l'histoire ecclésiale par ses dimensions et par ses caractéristiques particulières, suivit la vocation d' « apporter au monde le message de liberté et de paix, de salut et d'amour » comme il le déclarait lui-même.

Le 5 juin 1947, le « séminaire derrière les barbelés » de Chartres fut fermé. Tandis que les derniers séminaristes rentrèrent au pays, Franz Stock demeura en France. A la fin de la guerre le centre de la pastorale catholique à Paris, la « Maison catholique de la langue allemande » fut confisqué par l'état français et destiné à un autre usage. Franz Stock ne put donc pas reprendre sa précédente activité. En 1948, ses conditions de santé se dégradant constamment, il dut être hospitalisé à l'hôpital parisien Cochin où il mourut soudainement et sans assistance le 24 février 1948. La nouvelle de sa mort n'était pas destinée à être rendue publique puisqu'il s'agissait d'un prisonnier de guerre. Mais ses amis français réussirent à réunir au moins un petit un petit groupe de personnes pour le funérailles qui eurent lieu, le 28 février 1948 dans l'église Saint-Jacques du Haut pas et qui furent présidées par le Nonce Roncalli. Durant la bénédiction de la dépouille mortelle, il prononça ces paroles devenues célèbres : « Abbé Stock, ceci n'est pas nom mais un programme ! » . Le programme de Franz Stock consista à poursuivre inlassablement et avec courage, sa vocation à la sequela du Seigneur crucifié dans les conditions difficiles de son époque. Ce qui encore aujourd'hui et sans doute à l'avenir également, resplendit de sa personne comme une étoile lumineuse de la philanthropie de Dieu, est son ministère de la réconciliation désintéressée. C'est en étant convaincu que « tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui à travers le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (2 Co 5,18), qu'il ut mener à bien sa grande oeuvre de paix.

De cette façon, il introduisit à l'époque du plus sombre chapitre des relations entre Français et Allemands , un contrepoids qui demeure inoubliable et qui devint après la guerre le modèle de relations de confiance renouvelées entre les deux pays.

L'extraordinaire activité de Franz Stock à cette époque très sombre a également des conséquences à l'heure actuelle. En effet, les trois « sociétés Franz Stock » à Arnsberg-Neheim, Paris et Chartres considèrent leur oeuvre comme un »ministère de la réconciliation » et s'engagent à faire connaître à un nombre toujours plus grand, l'oeuvre de Franz Stock. De cette manière, elles mènent depuis plusieurs années, le projet de transformer le vide laissé par ce qui était alors « Le séminaire derrière les barbelés » en un lieu de rencontres européennes. Depuis la pose de la première pierre en 2005, les premières initiatives de construction ont été prises dans la zone gérée par l'organisme préposé à la conservation des monuments. Le fait que chaque année près de 3000 personnes visitent ce lieu peu invitant et s'informent sur Franz Stock renforce chez les responsables la volonté de mettre en oeuvre le « programme » de réconciliation et de paix de Franz Stock.

Soixante après la mort de l'Abbé Franz Stock, au delà de la reconnaissance de son oeuvre inlassable , prévaut la profonde gratitude pour le témoignage de foi qu'il offrit aux hommes de son temps et qui six décennies plus tard, n'a pas encore perdu de sa force de rayonnement.

Peut-être l'émouvant témoignage de Franz Stock nous aide-t-il à devenir plus conscients de la grandeur du mystère de l'appel à la sequela Christi et de la manière dont nous chrétiens, faisons sa volonté lorsque nous devenons des serviteurs et des servantes de la réconciliation et de la paix dans les grandes et les petites choses. Que l'Abbé Franz Stock, à présent arrivé à l'étape finale de sa via crucis dans la splendeur pascale, puisse de là-bas nous accompagner, de manière authentique, le long du chemin de notre vocation ! Et peut-être , arrivera le jour où nous pourrons implorer l'intercession du Bienheureux Franz Stock !

L'Observatore Romano du 19 février 2008.