Jacques DelorsIntervention de M. Jacques DELORS, ancien Président de la Commission européenne
Saint Jacques du Haut-Pas, le 17 juin 2013

 

Chers Amis

En tant que paroissien de Saint Jacques du Haut Pas, en tant qu'acteur de la relation franco-allemande depuis bientôt 60 ans, je voulais vous dire ma joie de voir ici des amis Allemands de toutes les générations, communiant dans la mémoire à l'Abbé Franz Stock.

Notre mémoire est nourrie des tragédies passées, des atrocités de la dernière guerre, mais, sans mémoire, on ne construit pas d'avenir.

Cette mémoire, il faut donc l'entretenir par des commémorations, par la participation, essentielle, de l'Allemagne fédérale et de la France au niveau européen, par des rencontres entre l'Allemagne et la France, aussi par des jumelages de villes, des échanges d'étudiants. Bref, il faut, sans arrêt, continuer, si on ne veut pas, en lisant les médias, de ci- de là, creuser un fossé entre les Français et les Allemands, à nouveau.

Mais il y a des évènements où le Spirituel rencontre le Temporel dans une sorte de belle synthèse. Je n'en citerai que deux.

Tout d'abord, l'appel de Robert Schuman de mai 1950, un appel au pardon et à la promesse, un appel que le Chancelier Adenauer a saisi et il a répondu par l'affirmative, et alors a commencé la belle aventure Franco-allemande. Et puis, je citerai le témoignage de l'Abbé Franz Stock.

L'abbé Stock a été mis dans des situations dramatiques où il pouvait hésiter devant son devoir, avoir des problèmes de conscience. Il voyait la mort, la peine, la tragédie. Et bien, il a réagi en homme de Dieu, et c'est en homme de Dieu qu'il a réussi à affronter les défis, et à faire de sa vie un exemple pour nous tous. Lui, il l'a fait dans la tragédie, dans les moments les plus terribles, mais si nous cultivons aujourd'hui sa mémoire, c'est également parce que c'est l'homme de Dieu qui a parlé, bien au-delà de nos péripéties.

Bien sûr, la relation entre la France et l'Allemagne n'est pas toujours facile. Comme je vous l'ai dit, les médias mettent de l'eau sur le feu. Mais, si nous avons nous au fond de notre cœur cette idée que cette amitié entre allemands et français est réjouissante, à tous points de vue, est essentielle, alors même si nos dirigeants, nos responsables, ont quelques difficultés à s'entendre, il faut que nous soyons, nous à la base, des gens qui entretiennent cette amitié et l'espoir. Merci.